Where the Sun Lies explore un territoire où, depuis des temps immémoriaux, la géographie du territoire s'est entremêlée à des paysages mythiques : le Maghrib, littéralement « là où le soleil se couche ». Façonnée autant par ses paysages que par les récits qui la traversent, cette région entretient avec la lumière une relation qui dépasse le simple phénomène physique : elle y est un langage, héritage, présence presque divine, elle y est autant un moyen de se situer dans le monde qu’une manière de l’imaginer.

 

La clé de voûte du projet réside dans cette culture de la lumière, transcendante, mystique et politique,  envisagée comme un point de départ pour repenser nos histoires et nos identités, mais aussi pour imaginer les futurs qui peuvent en émerger. Loin des cadres imposés, des représentations figées et des récits devenus étrangers à celles et ceux qui les vivent, il s’agit de rouvrir ce qui a été refermé, de renouer avec nos propres mythologies et de nous les réapproprier. Le passé, le présent et le futur ne s'inscrivent plus dans une continuité linéaire, mais se rencontrent, se répondent et parfois se confondent. 

 

Le récit prend forme à partir d’une rupture dans la trame du réel : un vaisseau, surgissant d’une faille temporelle, se matérialise violemment dans notre présent. Il provient d’un futur spéculatif, d’une réalité alternative intimement et viscéralement liée à la lumière. L’exposition retrace le parcours de cette anomalie mystérieuse, depuis l’Est, point de naissance de la lumière, jusqu’à une plage de l’Ouest, là où le soleil disparaît à l’horizon. L’irruption de cet objet vient fracturer la continuité du temps et troubler notre perception de ce qui appartient au passé, au présent ou au futur. Dans la rencontre entre une ingénierie radicale et un héritage ancestral, les oppositions classiques entre tradition et innovation, nature et machine, commencent à s’effacer. Where the Sun Lies pose alors une question qui traverse l’ensemble de l’exposition : sommes-nous les architectes de notre propre ligne temporelle, ou nous contentons-nous d’habiter celle des autres ?

 

Tout au long du parcours, des paysages réels se mêlent à des images imaginées ; des fragments de patrimoine rencontrent des formes produites par l’impression 3D et l’usinage numérique. Les objets semblent appartenir à plusieurs époques à la fois. Certains évoquent des vestiges, d’autres des prototypes ; certains portent la mémoire d’un lieu tout en semblant provenir d’un futur encore inconnu. Entre traces, fragments et projections, l’exposition compose ainsi un espace où les temporalités se rencontrent et où ce qui a été, ce qui est et ce qui pourrait advenir peuvent, un instant, coexister.